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Affaire Ramadan: sa défense exhume de nouveaux messages d’Henda Ayari

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La défense de l’islamologue suisse Tariq Ramadan, visé par une enquête pour viol, organise sa riposte face à Henda Ayari, la plaignante par qui cette affaire retentissante a éclaté, en transmettant à la justice des éléments censés ébranler sa crédibilité. Plusieurs pièces en ce sens ont été versées récemment au dossier, a indiqué à l’Agence France-Presse une source proche de l’enquête. Dernière en date : plusieurs mois d’échanges sur le réseau social Facebook, de juin à septembre 2014, entre Tariq Ramadan et une personne qui se présente comme Henda Ayari.

Elle dit le contacter via un compte sous pseudonyme, car le théologien a précédemment bloqué son autre compte, sous son vrai nom, a précisé une source proche du dossier. L’islamologue y reçoit des avances explicites, mais ne répond que rarement à son interlocutrice, qui a déposé une plainte en octobre dernier en l’accusant de l’avoir violée en 2012 dans un hôtel parisien, ce qu’il a catégoriquement contesté.

Selon la même source, elle lui écrit notamment en juin 2014 qu’à l’époque des faits dénoncés, des « parasites extérieurs » lui ont demandé de témoigner contre lui, alors que des rumeurs sur la vie privée de l’islamologue circulaient déjà, et dit qu’elle « regrette » le comportement qu’elle a pu avoir par le passé. Contactés par l’Agence France-Presse, les avocats de Henda Ayari et ceux de Tariq Ramadan n’ont pas souhaité réagir à ces nouveaux éléments.

Dans le cadre de cette enquête dirigée par le parquet de Paris, les avocats de Henda Ayari ont déjà affirmé que leur cliente était restée en contact avec le théologien, mais uniquement jusqu’à la mi-2013. Or, les conversations transmises à la justice française semblent démontrer le contraire. « Ce n’était pas une relation, mais une emprise sectaire », avaient affirmé ses avocats pour justifier le maintien des contacts entre Henda Ayari, ancienne salafiste devenue militante féministe et pro-laïcité, et Tariq Ramadan, tenant d’un islam conservateur, voire politique.

Pas d’éléments matériels

La semaine dernière, c’était le témoignage écrit d’un fonctionnaire assermenté qui était versé au dossier. Celui-ci y racontait de présumées avances explicites de Henda Ayari, 41 ans, qui l’aurait menacé de porter plainte pour viol s’il n’y répondait pas favorablement. L’intéressée s’est indignée d’une « nouvelle calomnie ». C’est là toute la complexité de cette affaire, comme de beaucoup de dossiers semblables : faute d’éléments matériels concernant les faits dénoncés par Henda Ayari, chaque camp transmet à la justice des éléments accréditant sa position et discréditant celle de l’autre partie.

Une seconde plainte visant Tariq Ramadan, pour des faits similaires dans un hôtel à Lyon en 2009, a été déposée fin octobre. Les deux plaignantes ont été entendues par la police, à Rouen et à Paris, ainsi que l’essayiste Caroline Fourest qui avait indiqué avoir remis des documents aux enquêteurs.

Les avocats de Tariq Ramadan, qui n’a pas encore été entendu, avaient déjà riposté début novembre en déposant une plainte pour subornation de témoin visant nommément Caroline Fourest, qui combat médiatiquement l’islamologue depuis plusieurs années. Ils réclament par ailleurs que l’enquête identifie le magistrat que Caroline Fourest dit avoir fait rencontrer à une des plaignantes et qui aurait manqué de signaler les faits à la justice.

Cette affaire a suscité de vifs débats entre défenseurs et détracteurs de Tariq Ramadan et de Henda Ayari. Cette dernière a porté plainte contre X à la mi-novembre après avoir fait l’objet d’injures et de menaces. Professeur d’études islamiques à l’université britannique d’Oxford, Tariq Ramadan a pris un congé depuis début novembre.

«Je regrette d’avoir été influencée par des parasites extérieurs»

Il n’a pris la parole qu’à deux reprises depuis le début de cette affaire : sur Facebook, fin octobre, pour dénoncer une « campagne de calomnie » enclenchée par ses « ennemis de toujours », et sur Twitter, début novembre, pour démentir des accusations d’abus sexuels sur mineures publiées par le journal La Tribune de Genève et annoncer une plainte pour diffamation.

«Je voulais avoir de tes nouvelles. Je ne t’ai pas oublié»

Le premier message envoyé par celle qui signe «Henda» date du 4 juin 2014 à 23h29 :

«Salam Alaykoum. Je pensais à toi ce soir, je voulais avoir de tes nouvelles. Je ne t’ai pas oublié, j’espère que tu vas bien. C’est mon deuxième compte, malheureusement tu m’avais bloqué sur le premier et privé de tes écrits.» Tariq Ramadan tente alors de couper court à la conversation. Puis, face à l’insistance de son interlocutrice, il ajoute :

«Prends soin de toi en tout cas. Tu m’as trop insulté et trahi avec ce que tu as dit et raconte à mes pires ennemis pour même envisager une amitié. Tu es allée trop loin.»
Deux jours plus tard, l’interlocutrice répond :

«Je n’ai pas changé de numéro, je ne sais pas si tu l’as gardé, je te le redonne: (06…etc) Sache une chose, je ne suis pas amoureuse de toi mais j’ai de l’estime, de la tendresse et de l’affection pour toi et surtout le souvenir d’un homme qui m’a chamboulé et marqué. Je t’embrasse. Ta Henda.»

Tariq Ramadan ne répond presque jamais. La personne qui se présente comme Henda Ayari, envoie de nombreux messages et insiste pour pouvoir obtenir un rendez-vous. Elle écrit le 7 juin 2014 à 15 h 17 :

«Bon je te propose un week-end complet. Tu m’invites dans un hôtel sympa. Si possible avec grande baignoire. On va kiffer tout le week-end.» S’en suivent des messages à caractère sexuel.

Comme pour les messages de 2013, exhumés par Le Parisien, il n’est jamais question précisément du viol et des agressions dont Henda Ayari dit avoir été victime. Au cours de l’échange, elle écrit nénamoins qu’à l’époque des faits dénoncés, des «parasites extérieurs» lui ont demandé de témoigner contre Tariq Ramadan :

«À l’époque, j’étais pas bien et instable psychologiquement à cause de mes blessures du passé. Je regrette mon comportement et surtout d’avoir été influencée par des parasites extérieurs contre toi malgré tout. Je ne pourrai jamais t’oublier et j’ai de l’affection et de la bienveillance pour toi et je sais que toi aussi.»

La semaine dernière, un autre élément contre Henda Ayari avait été versé au dossier selon l’AFP. Un fonctionnaire assermenté a produit une attestation dans laquelle il accuse Henda Ayari de l’avoir menacé d’une plainte pour viol, après avoir repoussé ses avances.

Il dit avoir avoir rencontré Henda Ayari en mars 2013, alors qu’elle cherchait à obtenir des conseils juridiques dans le cadre de problèmes professionnels. « Quelques jours après, elle voulait me revoir, me disant avoir besoin de « réconfort ». J’ai indiqué être marié, elle insistait, je refusais ses avances », dit ce témoin dans son attestation. « Elle m’a menacé de porter plainte pour viol si je n’acceptais pas une relation sexuelle avec elle, me harcelant des jours durant », ajoute-t-il.

D’autres conversations exhumées par Le Parisien

Mi-novembre, le parquet de Paris s’était vu remettre le contenu d’une autre conversation privée entre l’islamologue et Henda Ayari, de longs mois après les faits présumés. Le 5 juin 2013, soit quinze mois après le viol présumé, Henda Ayari reprend contact avec l’islamologue Tariq Ramadan sur Facebook, raconte Le Parisien. Lors de cet échange, la jeune femme ne fait pas non plus référence à son agression présumée. Et évoque aussi des pressions extérieures :

Ayari : « Salam Tariq comment vas-tu ? (…) Ça fait longtemps, je voulais avoir de tes nouvelles

Ramadan : — Et pourquoi ? Insultes et menaces ont été tes derniers mots. Pourquoi revenir ?

Ayari : — Nous sommes des êtres humains avec nos failles. J’étais dans une période difficile et instable et des personnes qui te haïssent m’ont monté la tête contre toi en te faisant passer pour un monstre pervers et sans cœur.»

À l’époque, ses avocats, Mes Jonas Haddad et Grégoire Leclerc, ont évoqué un contexte de « pressions psychologiques » et avaient livré cette précision au quotidien :

« Notre cliente, qui a été victime des pressions de M. Tariq Ramadan pendant trop longtemps, a enfin décidé de ne plus se taire afin que justice soit faite. Nous nous étonnons de voir rendue publique une conversation d’ordre privé entre Mme Henda Hayari et M. Tariq Ramadan, complètement sortie de son contexte.

Personne ne peut être dupe : cette information a pour objectif de discréditer notre cliente qui, à l’époque des faits, était sous l’emprise d’un homme qui exerçait sur elle des pressions psychologiques extrêmement fortes. Des menaces de mort ont également été formulées […]. La manipulation est le mode opératoire habituel de M. Tariq Ramadan. Nous le démontrerons devant la justice et non devant les médias.»

Une seconde plainte visant Tariq Ramadan pour des faits similaires dans un hôtel à Lyon, en 2009, a été déposée fin octobre. Les deux plaignantes ont été entendues par la police, à Rouen et à Paris, ainsi que l’essayiste Caroline Fourest qui avait indiqué avoir remis des documents aux enquêteurs.

Depuis son dépôt de plainte, Henda Ayari fait l’objet de nombreuses menaces et d’injures. Elle a d’ailleurs porté plainte contre X à la mi-novembre. Contacté, l’avocat de Tariq Ramadan, Me Bouzrou, n’a pas souhaité livrer de commentaires.

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