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Les femmes « peuvent agir »: en Tunisie, le renouvellement passe par la parité

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« Les Tunisiennes ont la possibilité d’agir », clame Inès Boussetta, candidate aux municipales du 6 mai. Inlassablement, la jeune femme sillonne la ville de Tebourba, prêtant avec son équipe une oreille attentive aux problèmes des habitants de cette région rurale.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, la loi prévoit une parité de genre. Cette nouveauté doit permettre à des femmes ayant contribué à la chute de la dictature d’accéder à des postes de responsabilité: un développement notable alors que peu de nouveaux visages ont émergé sur la scène politique dans le sillage de la révolution de 2011.

« J’ai dû faire face à beaucoup de critiques et de commentaires comme: +tu es encore jeune, tu n’as pas d’expérience en politique, comment une femme peut-elle diriger une municipalité? », dit à l’AFP Inès Boussetta.

Si la Tunisie est perçue comme un pays pionnier dans le monde arabe depuis l’adoption en 1956 du « Code du statut personnel », cette étudiante en génie civil déplore le « regard que porte encore la société sur les femmes ».

Un tract en main, elle tente de familiariser les électeurs de cette région agricole du nord tunisien avec le « palmier », symbole de son parti Nidaa Tounes fondé par l’actuel président Béji Caïd Essebsi, 91 ans, et qu’elle a rallié il y a trois ans.

Avis qui compte

Pour ces municipales tant attendues, elles sont 580 femmes têtes de listes, soit plus du quart (2.074 listes au total), indique à l’AFP Torkia Chebbi, vice-présidente de la Ligue des électrices tunisiennes, créée en 2011 pour favoriser la participation des femmes à la vie politique.

Une centaine de listes ont à l’inverse été écartées pour non-respect de la parité.

Adoptée après de longs débats dans l’optique des municipales, la nouvelle loi électorale prévoit des listes paritaires avec une alternance de femmes et d’hommes y compris pour les têtes de listes de chaque parti ou coalition.

Les deux principales formations, Nidaa Tounes, et les islamistes d’Ennahdha ont respecté la règle.

« Sans la loi sur la parité, nous n’aurions jamais atteint un tel chiffre, parce que les mentalités restent favorables aux hommes », note Mme Chebbi.

Pour Inès Boussetta, « la femme (tunisienne) a aujourd’hui la possibilité d’agir, d’avoir un avis qui compte ».

Parmi les jeunes candidates, beaucoup ont commencé à s’impliquer dans la vie publique à partir de 2011. « Mais, dans la plupart des cas, en se lançant d’abord dans des activités au sein de la société civile », explique Torkia Chebbi.

Aujourd’hui, alors que sur les 5,3 millions d’électeurs, 52% sont des jeunes de moins de 35 ans, « une nouvelle génération politique est en train d’apparaître », avance-t-elle.

« C’est probablement la naissance d’une nouvelle génération de responsables locaux », espère aussi Hamza Meddeb, chercheur à l’université européenne de Florence (Italie).

Inès Boussetta, qui se présente comme la plus jeune candidate de son parti, a elle-même travaillé comme bénévole dans des associations du secteur de la santé.

Elle dit avoir rejoint Nidaa Tounes en raison de la confiance que son fondateur, le président Essebsi, accorde aux femmes et aux jeunes.

Premier chef d’Etat élu librement au suffrage universel, M. Essebsi s’était targué en 2014 d’avoir remporté la présidentielle « grâce (au vote des) femmes ». En 2016, il a nommé le plus jeune Premier ministre de l’histoire du pays, Youssef Chahed (42 ans).

Longue haleine

Parmi les habitants croisés par Mme Boussetta, nombreux sont ceux qui disent avoir confiance « car elle est jeune et sensible aux besoins de la région », en infrastructures notamment.

La jeune femme appartient à une famille connue de Tebourba, cité d’où est partie la dernière contestation sociale début janvier contre la persistance du chômage, de la vie chère et de la corruption.

Après la chute du régime de Ben Ali en 2011, les municipalités ont été dissoutes et remplacées par des équipes provisoires. Leur gestion a été jugée défaillante, n’apportant pas le développement souhaité.

Aujourd’hui, l’espoir est que ces élections permettent enfin une amélioration du quotidien, avec une plus grande propreté des lieux publics, une capacité à attirer de nouveaux investisseurs et in fine le développement des régions marginalisées.

Pour Simone Susskind, femme politique belge ayant dirigé en février une formation sur le « leadership féminin, les Tunisiennes n’ont pas d’expérience (…) mais elles doivent se lancer ». « C’est un travail de longue haleine », prévient-elle.

Les élections du 6 mai seront suivies, l’an prochain, des législatives et de la présidentielle, pour laquelle M. Essebsi n’a pas encore fait connaître ses intentions.

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