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La Compagnie des Phosphates de Gafsa compte 21.000 employés « fantômes »

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Metlaoui, Tunisie – La Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) verse à Abdel-Basset Klifhi un salaire de 280 dollars par mois (environ 855 dinars TND), alors qu’il passe la plupart de son temps dans son café préféré, à Metlaoui, dans le sud du pays. Il fait partie des 21.000 personnes recrutées par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) depuis la chute de l’ex-président Ben Ali en 2011.

Depuis l’économie est en crise et la CPG a perdu sa place de premier exportateur du pays. Le chômage, l’inflation et les déficits sont monté en flèche et la valeur du dinar a fondu comme neige au soleil. Les prêts du Fonds monétaire international ont permis au pays de garder un semblant de stabilité économique.

Une vague d’embauche au CPG portant ses effectifs à près de 30.000 personnes était en réalité une sorte de fuite en avant des autorités pour répondre au problème du chômage dans la région. Cependant, les blocages quotidiens des routes menant aux sites de la CPG pour demander d’avantage de travail continues. D’autres réclament des augmentations de salaire et se mettent souvent en grève.

La production de phosphate a fondu de moitié et les pertes de la société se sont accumulées avec l’augmentation de la masse salariale. La baisse du chiffre d’affaire de la CPG a mis en évidence l’incapacité du gouvernement à réformer les sociétés publiques gonflées par une masse salariale mettant ainsi la Tunisie sur une trajectoire conflictuelle avec les donateurs internationaux.

Ils ont également privé l’état des revenus en devises indispensables pour redresser l’économie et créer des vrais emplois, Avec des manifestations et troubles quotidiens visant principalement la compagnie (CPG). «Je reçois 850 dinars (279,62 dollars) par mois sans travailler réellement», déclare Abdel-Basset, ancien manifestant et employé de la CPG. La société dépense environ 70 millions de dollars par an sur un budget annuel de 180 millions de dollars en salaires, a déclaré à Reuters le Ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Slim Feriani.

«Les recrutements qui ont eu lieu après la révolution ont eu pour objectif d’acheter la paix sociale mais ont aggravé les souffrances de la société», a-t-il déclaré. « Nous sommes conscients qu’ils ne font rien. »

L’entreprise perd près d’un milliard de dollars par an depuis 2011 en raison des perturbations causées par les manifestations. Selon les documents consultés par l’agence Reuters, l’entreprise n’a eu que 4 500 jours de production sur 14 000 possibles dans ses cinq mines depuis 2011. « Cela… aurait pu nous éviter d’aller emprunter au FMI », a déclaré Feriani.

Le phosphate représente environ 10% des exportations de la Tunisie avant 2011, date à laquelle l’huile d’olive l’avait remplacée en tant que principale exportation. En 2018, la production de phosphate avait diminué d’environ 4%. La Tunisie a contracté un prêt de 2,6 milliards de dollars auprès du FMI en 2016. Jusqu’à présent, quatre versements d’une valeur de 1,4 milliard de dollars ont été payés, mais chacun a été ajourné en raison du retard pris par les réformes du programme convenu.

Une porte-parole du FMI a déclaré qu’elle participait « à un dialogue continu avec les autorités » lors du prochain examen du crédit, mais a refusé de préciser quand. « Le FMI soutient le programme économique du gouvernement visant à réduire les déséquilibres macroéconomiques, notamment en renforçant la compétitivité extérieure, en réduisant l’inflation et la dette, et en améliorant les perspectives de croissance créatrices d’emplois par des réformes structurelles », a-t-elle précisé.

La production de phosphate de CPG est passée de 8,2 millions de tonnes en 2010 à environ 3 millions de tonnes en 2018, selon les données officielles. En revanche, le Maroc voisin a augmenté sa production de 30 millions de tonnes en 2010 à 30 millions de tonnes l’an dernier. Un climat social stable lui a permis de développer son industrie, notamment grâce à l’utilisation d’un pipeline dans le transport du phosphate. « La Tunisie n’est plus sur le radar de la production mondiale », a ajouté M. Feriani.

Jusqu’en 2011, la Tunisie figurait parmi les 5 premiers producteurs mondiaux, mais occupe aujourd’hui la 11e place, loin derrière les chinois, les américains, marocains, russes et jordaniens. La CPG a déclaré qu’il pourrait porter sa production de 5 à 6 millions de tonnes cette année, mais seulement si les manifestations cessent.

En 2017, le président Beji Caid Essebsi a annoncé que l’« armée allait protéger les sites de production » du pays alors que des mouvements sociaux perturbent de manière récurrente l’extraction de pétrole et de phosphate dans les régions méridionales. « On a quoi ? On a le phosphate, le pétrole et le tourisme, on a l’agriculture », dont « l’huile d’olive ». « L’Etat doit aussi protéger les ressources du peuple tunisien », a clamé M. Caïd Essebsi.

Le chômage touche plus de 15 % de la population active totale, et les chiffres s’envolent pour les jeunes et les femmes. Le taux de chômage des jeunes diplômés a baissé par rapport à 2011, mais il demeure aux alentours de 30 %. Pour l’ensemble des jeunes, il est proche de 35 %, et légèrement inférieur à 25 % pour les femmes. Il est essentiel de régler ce problème pour la bonne santé de l’économie et de la société.

Pour vaincre la réticence des investisseurs et gagner leur confiance, les autorités doivent tout à la fois renforcer la gouvernance et l’efficacité de leurs organes de lutte contre la corruption, mettre en place un climat des affaires concurrentiel, appliquer un taux de change à sa juste valeur, inciter les investissements porteurs de productivité et alléger les formalités administratives. Elles contribueront ainsi à libérer le potentiel que présente le secteur privé pour offrir davantage de débouchés et d’emplois à tous les Tunisiens.

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