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Tunisie: semences européennes de colza, un choix risqué pour la filière

Tunis — L’institut technique des professionnels de la filière de Colza en France « TERRES INOVIA », et l’Union européenne ont annoncé, mardi, 10 septembre 2019, le lancement d’un programme qui promeut la culture d’environ 50 000 hectares de colza en Tunisie à travers l’importation de semences européennes.

Ce programme baptisé « Maghreb Oléagineux » puisqu’il cible également le Maroc (culture de tournesol), prévoit, selon ses initiateurs, l’amélioration des performances de la filière de colza en Tunisie, grâce aux semences européennes, l’augmentation de la production locale de colza et partant la réduction des importations de graines oléagineuses. En Tunisie, ce programme sera mis en œuvre en collaboration avec le Ministère de l’Agriculture des Ressources

Hydrauliques et de la Pêche et à travers l’implication d’acteurs locaux clés, d’après la même source, dont Carthage Grains, l’Institut national des grandes cultures (INGC), l’Association Pour l’Agriculture Durable (APAD), le Comptoir Multiservices Agricoles. Ces partenaires vont assurer un accompagnement (formation, assistance technique) des agriculteurs dans 7 régions: Bizerte, Beja, Siliana, le Kef, Jendouba, Zaghouan et Nabeul, et leur fournir les intrants.

D’après un communiqué conjoint de « TERRES INOVIA », et l’Union européenne, le catalogue européen des variétés de semences de colza offre de nombreux avantages aux agriculteurs tunisiens. Ils assurent que les semences à importer en Tunisie sont saines et sans OGM (organismes génétiquement modifiés).

Contacté par TAP, Rachid Zouani, responsable chargé des programmes de l’encadrement des agriculteurs et des producteurs à l’Institut national des grandes cultures l’INGC, a précisé que les semences européennes seront testées en fonction de leur rendement économique durant 2 saisons de grande culture. « Les variétés de semences retenues seront inscrites au catalogue officiel des variétés végétales en Tunisie et seront sans OGM », rassure le responsable, ajoutant que les semenciers tunisiens se chargeront de leur importation et qu’un programme d’encadrement et de formation de 60 techniciens est prévu dans ce cadre (2019-2022).

Les cultures de colza seront, néanmoins, réservées aux agriculteurs aisés (moyens et grands), ceux qui disposent d’engins agricoles (moissonneuse-batteuse, équipements d’ensemencement et semoirs), vu la « délicatesse » de la culture de cette variété de plantes. Nabil Hamada, ingénieur agronome et expert a expliqué à TAP qu’il faut faire attention à la contamination par les OGM et à ce qu’elle entraine comme « pollution génétique », en ce qui concerne le colza, qui est une culture de substitution.

« Tout dépend du choix des semences à importer en Tunisie (hybrides, OGM,..) et encore du contrôle des importations d’intrants qui doit être renforcé », a-t-il dit, relevant que la Tunisie pourrait opter pour des cultures de substitution qui n’appauvrissent pas le sol comme la betterave. La Tunisie ne dispose toujours pas d’un cadre légal et de lois qui régissent l’importation des OGM.

Les besoins en huiles alimentaires et protéines végétales, en Tunisie, s’établissent respectivement à 313.000 tonnes et 510.000 tonnes (USDA, 2018/2019). La Tunisie est à 95% dépendante des importations dans ce domaine. Pour mémoire, la Tunisie avait lancé mi-février 2017, dans le cadre d’un partenariat tuniso-français, le programme de développement d’une filière Colza 100 % tunisienne.

L’implantation de cette culture, entamée en 2014, s’est dans un premier temps articulée autour de la mise en place d’une filière amont qui rassemble plus de 100 agriculteurs cultivant plus de 3 000 hectares (plateformes d’expérimentation). Le colza, rappelle-t-on, figure parmi les plantes transgéniques semées au niveau mondial en l’occurrence le soja, le maïs, le coton et aussi la betterave, la luzerne, la pomme de terre et la papaye.

C’est une plante dont la dissémination dans l’environnement est quasiment impossible à contrôler. Des chercheurs suisses de Biome, une agence d’expertises environnementales avaient souligné, en septembre 2015, que « le colza est pollinisé par les insectes qui peuvent transporter son pollen sur plusieurs kilomètres, ses graines sont très petites et se dispersent facilement tout en gardant un pouvoir germinatif sur dix ans, le colza peut se croiser avec différentes espèces sauvages apparentées (…), ce qui rend possible une dispersion du transgène dans la flore sauvage ».

Ils avaient testé 136 plantes, dont 29 se sont révélées transgéniques et expliqué que les colzas génétiquement modifiés en Suisse ont fait leur entrée à travers le port rhénan de Bâle avec l’entrée du blé dur importé par le pays. Un renforcement des contrôles de qualité lors de l’importation de semences, de fourrages et de denrées alimentaires, ont été fortement recommandés aux importateurs, à la suite de la révélation de cette contamination, par Greenpeace et l’association StopOGM.

L’importation de colza en Europe a atteint un niveau quasi-record à 2,60 Millions de tonnes de Juillet 2018 à Décembre 2018 avec une hausse de 17% par rapport à l’année précédente, selon Mediapart, qui qualifie de « paradoxale », l’attitude de l’UE vis-à-vis de la question des OGM. « D’un côté, l’UE interdit la culture des OGM sur son sol (sauf dérogations pour un type de maïs, qui n’est pas une protéine). De l’autre, elle importe massivement du soja OGM pour nourrir son propre bétail et répondre aux nouveaux usages alimentaires », lit-on dans ce site.

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