Tunis Tribune
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Comment la détention d’un candidat clé a-t-elle affecté l’élection en Tunisie?

Tunis, (avec Reuters) – Le candidat à la présidence tunisienne, Nabil Karoui, a été libéré mercredi après avoir passé la campagne électorale dans une cellule à la prison de Mornaguia. Il a réussi à se classer deuxième au premier tour et est actuellement confronté à un second tour avec le candidat Kais Saied, soutenu par les islamistes d’Ennahdha.

Bien qu’il soit maintenant libéré, cette situation étrange pourrait encore provoquer une crise constitutionnelle, alors que la Tunisie tente de renforcer sa construction démocratique, huit ans après la révolution qui a mis fin à des décennies de régime autocratique et qui a inspiré le « Printemps arabe. »

Qui est Nabil Karoui?

Les partisans de Karoui le considèrent comme un champion laïc et libéral des pauvres, tandis que ses opposants le considèrent comme un populiste corrompu et ambitieux. Il possède la chaîne télé Nessma, parmi les plus regardés dans le pays. Son soutien a été déterminant pour aider Nidaa Tounes à remporter des élections législatives de 2014, bien que Karoui se soit séparé par la suite de la direction du mouvement.

Karoui a ensuite fondé une organisation caritative au nom de son fils décédé dans un accident de voiture pour lutter contre la pauvreté, selon lui. Une cause également reprise par Nessma TV, qui diffuse des reportages virulents contre le gouvernement et soutenant son propre travail philanthropique.

Nessma TV n’a pas de licence officielle mais Karoui a ignoré les ordres du régulateur des médias, affirmant que leurs injonctions étaient motivées par des considérations politiques.

Le Parlement a également adopté un projet de loi interdisant aux candidats qui ont reçu des dons étrangers ou caritatifs au cours de l’année précédant une élection – ce qui aurait disqualifié Karoui – mais l’ancien président décédé en juillet a refusé de le signer.

Pourquoi était-il en prison ?

L’ONG tunisienne « I Watch », une branche accréditée de Transparency International, a porté plainte contre Karoui en 2016, l’accusant de blanchiment d’argent et de fraude fiscale. Trois semaines avant le premier tour des élections, le 15 septembre, Karoui avait été arrêté.

Karoui a nié tout acte répréhensible et ses mandataires accusent le pouvoir judiciaire d’avoir ordonné sa mise en détention, à la demande de ses rivaux politiques, pour l’empêcher de prendre le pouvoir par les urnes.

La semaine dernière, un site d’information régional a annoncé qu’un contrat de lobbying avait été signé en son nom aux États-Unis avec une société canadienne. Si cela est prouvé, cela pourrait également être interprété comme une violation des règles électorales. Karoui a nié toute implication.

Les juges avaient rejeté quatre demandes de libération de Karoui avant de le libérer mercredi. Son avocat a déclaré à Reuters qu’une cour d’appel l’avait libéré mercredi, mais sans donner plus de détails. La commission électorale indépendante a décidé que Karoui pouvait se présenter aussi longtemps qu’il n’était pas reconnu coupable. Il a également jugé que son utilisation de la chaîne de télévision sans licence Nessma ne l’avait pas disqualifié.

Le président par intérim, Mohamed Ennaceur, a déclaré la semaine dernière que le maintien en détention de Karoui et son incapacité à faire campagne avaient porté atteinte à la crédibilité des élections et à l’image de la Tunisie dans le monde.

Ce qui est en jeu ?

Huit ans après la chute du président Ben Ali, la Tunisie tente toujours d’établir des normes démocratiques. Son économie a besoin de la plus grande attention de la part du gouvernement, car les prêteurs étrangers exigent un resserrement fiscal et le chômage atteint parfois 30% dans certaines villes.

Le pouvoir du président ayant été réduit après 2011, le vainqueur n’est responsable que de la politique étrangère et de sécurité. Le Parlement choisit d’abord un Premier ministre dont le gouvernement contrôle presque tous les autres portefeuilles.

Mais le nouveau parlement élu le 6 octobre est profondément fracturé, ce qui complique le processus de constitution d’une coalition au pouvoir et risque de créer davantage d’influence entre les mains du nouveau président. Si le principal parti parlementaire ne peut pas former de coalition, le président nomme son propre candidat.

Si tout cela échoue, il y aura une autre élection parlementaire. Si l’élection présidentielle doit également être revue en raison de la situation juridique de Karoui, elle pourrait déclencher la plus grande crise de la Tunisie depuis sa révolution.

Pourrait-il gagner?

Karoui a recueilli 15,6% des voix au premier tour, derrière Saïed avec 18,4%. Lors des élections législatives de dimanche dernier, le parti « Cœur de la Tunisie » de Karoui a présenté des candidats à travers le pays. Les sondages « sortie des urnes » montrent qu’il est arrivé en deuxième position avec 15,6%, bien que les résultats officiels n’ont pas encore été dévoilés.

Karoui n’a pas été en mesure de faire campagne, ni lors des premiers débats présidentiels télévisés en Tunisie le mois dernier, ni lors d’entretiens avec les médias. Cependant, sa campagne a été active dans toute la Tunisie, son épouse Saloua Samoui étant souvent apparue dans les médias. Saïed a suspendu sa campagne, affirmant que les élections devaient se dérouler sur un pied d’égalité.

Que se passera-t-il ensuite ?

Si Karoui perd l’élection, il peut avoir des raisons de faire appel puisqu’il a passé la plus grande partie de la campagne derrière les barreaux. La commission électorale a déjà averti que sa détention pourrait enfreindre les règles électorales.

Saïd pourrait également faire appel d’une victoire des Karoui, en particulier si les allégations concernant le contrat de lobbying sont avérées. S’il est par la suite reconnu coupable de blanchiment de capitaux et de fraude fiscale, il n’est pas clair si l’immunité présidentielle s’appliquerait aux crimes commis avant les élections.

La constitution de 2014 prévoyait que les litiges devraient être réglés par une cour constitutionnelle pas encore en place, le Parlement étant trop divisé pour se mettre d’accord sur des juges qui devraient y siéger. Si le président n’est pas assermenté dans les 45 jours, les Tunisiens seront appelés à voter de nouveau.

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